lundi 19 mai 2014

TOUT SAVOIR SUR LES ZOMBIES

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les zombies...



De "mort-vivant" à "infecté", le zombie a évolué au fil du temps pour devenir le monstre star du XXIe siècle. Le spécialiste Raphaël Colson analyse ses évolutions.


Pour comprendre comment le zombie est devenu un mythe du XXIe siècle, il faut remonter à sa naissance dans l’imagerie populaire occidentale, il y un peu moins d’un siècle. Dans les années 1920, William Seabrook, journaliste, écrivain, explorateur et passionné d’occultisme, effectue un voyage à Haïti.



A son retour en 1929, il publie "L’île magique", dans lequel il décrit un rite vaudou haïtien : un sorcier fait revenir à la vie un cadavre et en prend lecontrôle. La créature est appelée "un zombie". Trois ans plus tard sort en salles le premier film mettant en scène la créature : "White Zombie" avec Bela Lugosi.



Elle sera désormais un personnage récurrent de la littérature et du cinéma de science-fiction, tout en évoluant au fil des années. Raphaël Colson, co-auteur de l'essai "Zombie" (2009, Les moutons électriques), raconte :

La première évolution intervient dans les années 50-60. Le zombie prend alors un côté putride qu’il n’avait pas avant. Et désormais, il peut être sorti de terre par autre chose que la magie, comme par exemple la science".

1968 : la naissance du zombie cannibale 
En 1968, un film révolutionne le genre : "The night of the walking dead" ("La nuit des morts-vivants") de George Romero, premier volet d’une saga aujourd’hui culte. Le terme de zombie n’est à aucun moment employé dans le film. Ce sont les fans qui baptiseront ainsi cette créature d’un nouveau genre.



Car le zombie de Romero a acquis une nouvelle dimension. Il est pour la première fois cannibale. Mais surtout, les différents films de Romero montrent une humanité sur le point d’être entièrement zombifiée, donnant ainsi naissance au concept de "Zombie Apocalypse".

Le zombie de Romero reste la référence durant les années 1970 et 1980, une popularité qui atteint son sommet avec le clip de Michael Jackson "Thriller" en 1983. Puis, dans les années 1990, le mort-vivant passe de mode et disparaît des écrans de cinéma. Alors qu’on pouvait le croire enterré pour toujours, il ressuscite à l’aube des années 2000. Mais non sans avoir une nouvelle fois muté ; comme l’explique Raphaël Colson :

"Le film qui marque cette séparation, c’est '28 jours plus tard' de Danny Boyle sorti en 2002, qui est le premier grand film mettant en scène une nouvelle forme de zombie : l’infecté, en quelques sort un cousin du mort-vivant. L’infecté est différent parce qu’il n’est pas forcément mort, mais contaminé par un virus. Ensuite, contrairement au zombie traditionnel qui est lent et maladroit, l’infecté devient hyper rapide, parfois même avec des pouvoirs surhumains."




L'infecté" reflet de son époque

"28 jours plus tard" est suivi par d’autres grands succès qui imposent définitivement l’infecté comme nouveau zombie de référence : "Resident Evil", une adaptation du jeu vidéo éponyme, sorti en 2002 ou encore "L’Armée des morts" de Zack Snyder en 2004. S’ouvre alors un nouvel âge d’or du mort-vivant marqué
par les succès de la bande-dessinée, adaptée en série télévisée, "The Walking Dead" ainsi que par une flopée de films : "Shaun of the Dead", "Land of the dead", "Fido" ou encore "The Diary of the dead".



Un renouveau qui, selon Raphaël Colson, est encore une fois le symptôme de bouleversements plus profonds : Le mort-vivant est toujours le reflet de son époque. Son image, et sa définition, évoluent avec le temps et la société. On peut cependant souligner une constante : plus une société est anxieuse, plus il y a de zombies.

Ils étaient tombés en désuétude dans les années 1990, une période durant laquelle la société était plus heureuse, plus insouciante. Le zombie des années 2000 est celui de l’ère du capitalisme triomphant, de mondialisation agressive, de la guerre en Irak, de la perte de confiance en l’avenir…"

Dans cette perspective, la figure de l’infecté correspond également "à une époque marquée par une série de craintes d’épidémie comme la vache folle ou la grippe aviaire."




Le zombie cannibalisé par le "mainstream"?

Mais, en gagnant en popularité, le zombie a également, selon Raphaël Colson, été vidé d’une bonne partie de son sens.

Ce deuxième aspect est lié à l’évolution de notre société. Le web nous connecte et nous fait vivre dans ce fameux village global. Tout se mélange au niveau de l’information et la culture s’uniformise pour donner naissance à ce qu’on appelle le "mainstream ". Ces films qui, au début des années 2000, ont re-popularisé le zombie s’inscrivent dans cette tendance. 

Et il y a eu en plus, au début des années 2000, pas moins d’une trentaine de romans sur les zombies, sans compter les comics et les multiples jeux-vidéos. Le zombie est devenu une icône de la culture mainstream.
Conséquence : le zombie un "terme valise". On parle par exemple de "machine zombie", de "processus zombie" ou encore "d’insecte zombie".

A mesure qu’il a gagné en popularité, le zombie est devenu un lieu commun. Il s’est ainsi peu à peu vidé du sens que lui avait donné Romero en 1968".

La politisation du zombie

Le mort-vivant des années 2000 a également perdu la dimension politique et subversive de ses prédécesseurs. Le zombie de Romero symbolisait en effet le conformisme. 

Dans son deuxième film par exemple, "Dawn of the dead" sorti en 1978, les survivants se réfugient dans un centre commercial, temple de la consommation, peu à peu envahi par la horde des morts-vivants symbolisant la société capitaliste.

Aujourd’hui, cette dimension critique a disparu de la plupart des représentations de zombies. Le monstre est même presque devenu sympathique. 

Dans certains films, comme "Fido" sorti en 2006, il devient presque un héros, avec des amis et une famille. On cherche également à lui ressembler, lors des "Zombie Walk", organisées un peu partout dans le monde. 



Selon Colson, il s’agit d’un processus de domestication. En domestiquant le zombie, on domestique notre rapport à la mort. Il est devenu une sorte de croque-mitaine, ou alors il a été rééduqué. Il semble même parfois avoir une conscience. Les groupes de zombies sont structurés, parfois avec des chefs".
Au final, le zombie semble se rapprocher de plus en plus de l’homme. Comme si nous souhaitions qu’il existe réellement, soit en tant qu’animal de compagnie, soit en étant nous-mêmes transformés lors d’une "Zombie Apocalypse".

Au départ, le zombie était présenté comme une réalité par William Seabrook. Puis, il est passé dans le domaine de la fiction. Et aujourd’hui, il fait son grand retour dans la réalité".


1 commentaire:

  1. Merci, une analyse concise et un point de vue intéressant...

    RépondreSupprimer