jeudi 7 août 2014

L'apocalypse zombie, c'est pour aujourd'hui ou pour demain ?




Après les anciens astronautes, le crash de Roswell et une invasion extraterrestre, le groupe National Geographic braconne une nouvelle fois sur les terres des sciences parallèles en se frottant à une apocalypse zombiesque. En plus des films et des jeux vidéos qui en livrent des aperçus toujours plus angoissants (pour les films la collection des Romeros ou les « 28... plus tard », les jeux vidéos les « Left 4 Dead », « Dead Rising » ou prochainement « Dead Island »), la parution en 2003 de « guide survie en territoire zombie » suivi en 2006 de « World War Z » par l'écrivain Max Brooks, invité-star du documentaire, offre une théorisation relativement complète des divers aspects d'une pandémie provoquée par un virus tuant puis ranimant ses infectés.



En mêlant le phénomène de la zombification haïtienne et les morts vivants de cinéma imaginent différents scénarios pouvant aboutir à une catastrophe sanitaire, aggravée par des individus infectés montrant un haut degré de motivations contaminantes (ils veulent mordre, ou échanger par un autre moyen les fluides nécessaires à la transmission du mal).



Max Brooks et Matt Mogk décrivent ce qu'implique une apocalypse zombie : des morts vivants en surnombre, et des humains luttant pour leur survie dans un monde devenu hostile non seulement à cause des légions d'infectés mais aussi par la chute de la civilisation et de ses infrastructures. Le virus sur lequel se base l'oeuvre de Max Brooks, le solanum (qui est imaginaire malgré les rumeurs circulant sur Internet) tue la victime sous l'effet d'une forte fièvre pour réactiver ensuite certains circuits primaires du cerveau en créant un organe anaérobie (qui n'a pas besoin d'oxygène), ce qui permet un éventail incroyablement vaste de situations où le virus peut survivre. Cette maladie se répand sur toute la Terre lors d'une infestation rappelant celle du film 28 jours plus tard, réveillant les souvenirs effroyables d'épidémies bien réelles comme celle de la grippe espagnole en 1918 qui fit plus de 40 millions de morts.

Le pire des scénarios imaginés par des épidémiologistes est l'apparition d'un virus aéroporté comme la grippe avec un haut taux de mortalité, mais même selon cette éventualité, la réalité scientifique rattrape vite la fiction. En effet dans les films/jeux vidéos qui ont inspiré ce reportage, l'incubation du virus, la période entre la contamination et l'apparition des symptômes, est très courte ; hors, un virus a besoin d'au moins 48 heures pour infecter un corps, s'y reproduire et pouvoir se transmettre à nouveau à une nouvelle victime. Ce délai permettrait aux autorités de circonscrire au plus vite l'infection et empêcher une pandémie mondiale.




Malgré le caractère improbable d'une telle fin du monde, Matt Mogk a fondé la Zombie Research Society, qui observe le phénomène comme le pire scénario qui pourrait toucher la civilisation humaine pour trouver des solutions à des catastrophes bien réelles aux répercussions similaires. Le site de Los Angeles est pour lui un véritable piège, puisque dépendant de ses axes de circulations routiers, rendus inutilisables lors d'une apocalypse zombie à cause de la pénurie d'essence. Le premier réflexe en cas d'arrivée de morts vivants est de sortir de la ville, sans oublier d'emporter du matériel de survie.

Le reportage fait ensuite un détour vers Haïti et le vaudou, source même du zombie. Pourtant, il existe de réelles différences entre le zombie haïtien et le mort-vivant de films d'horreur. Tout d'abord le zombie haïtien n'est pas mort à proprement parler, il est victime d'un sort qui met son âme entre les mains du Bokor, le sorcier pratiquant la magie noire. La zombification est une opération magique à visée judiciaire, puisque le châtiment est réservé aux crimes de sang ou d'honneur mais évite à l'accusé une exécution pure et simple. D'autre part, le mort-vivant de cinéma (lorsqu'il n'est pas une vision déformée du zombie haïtien) lui est bien mort et apparaît pour la première fois dans le cultissime « La Nuit des morts-vivants » de George Romero. Dans tous ses films, le phénomène n'a pas d'explication, puisque tous les morts se réveillent, qu'ils aient été ou non en contact avec des zombies, même si les morsures précipitent la mort et donc la transformation. Ces zombies, les plus populaires dans le cinéma de genre tombent vite en morceaux mais ne meurent (définitivement) qu'après la destruction du cerveau. Pour finir ces classifications subtiles, il n'y a pas de zombies dans le film « 28 jours plus tard », seulement des infectés, puisque ces derniers ne sont ni envoûtés ni morts, seulement sous l'emprise d'une terrible maladie.



Le documentaire s'arrête ensuite sur le travail de Wade Davis parti en Haïti se documenter sur la zombification grâce au cas de Clairvius Narcisse (voir la vidéo déjà présente sur le site : http://www.mystere-tv.com/les-secrets-de-la-zombification-v1627.html). Les études de Wade Davis mettra en évidence de la tétrodotoxine dans les préparations de la « Bomba'zom », la poudre à zombie utilisée par les bokors. La réanimation et la prise de contrôle sur la victime faussement morte aurait une explication dans la suggestion hypnotique, pratique courante dans certains cultes proches des sectes.

De retour à l'apocalypse zombie à proprement parler, le documentaire examine les différentes maladies capables de provoquer un tel désastre. La rage, par exemple, est très contagieuse et provoque des lésions cérébrales qui entraînent une agressivité pouvant accentuer les risques de contamination. Cependant, son action est très lente et depuis la découverte de Louis Pasteur, ne fait quasiment plus de victimes humaines de nos jours. Le virus zombie doit agir sur le cerveau rapidement, se transmettre facilement d'homme à homme et laisser sa victime en vie suffisamment longtemps pour infecter d'autres individus.



Ensuite, la Zombie Research Society tente grâce au profil type du zombie hollywoodien de déterminer quelles atteintes cérébrales pourraient engendrer un comportement similaire. La démarche caractéristique du zombie serait due à une dégradation du cerebellum, qui commande la coordination des mouvements. Les autres tissus cérébraux peuvent être enflammés ou partiellement détruits sans engager directement la survie, à l'exception du tronc cérébral, qui commande la respiration et le rythme cardiaque.

La possible proximité entre suggestion hypnotique et zombification entraîne une nouvelle digression sur les effets « zombifiants » des sectes comme Moon ou le Temple du Peuple, qui conduisent à une perte d'identité et une totale dévotion à un leader. Cette perte de jugement conduira au suicide rituel des 900 adeptes de Jim Jones le 18 novembre 1978 au Guyana.



Cependant, comme l'explique la virologue Samita Andreansky, un virus zombie pourrait apparaître dans un laboratoire, grâce à la manipulation génétique de plusieurs souches virales.

Le reportage se termine sur les interprétations du mythe de l'apocalypse zombie, qui incarnerait nos peurs de fin du monde et des maladies infectieuses...

En hésitant entre sérieux et docu-fantasy (puisque les morts-vivants n'existent pas à priori), et en mélangeant sans vergogne les différentes « classes » de zombies (haïtiens, putrides ou simple infectés), le document de National Geographic se perd dans un flou décevant, laissant de côté des aspects qui en plus de s'avérer utiles font partie de l’œuvre de Max Brooks, pourtant mis à contribution. Parmi les plus pertinents :
-Lorsque l'infection commence, mieux vaut rester terré chez soi, car en plus d'être sur un terrain connu, les lieux publics comme les aéroports, les hôpitaux, les commissariats seront dangereux à cause de leur haute fréquentation et du nombre de leurs accès, difficiles à sécuriser.
-La meilleure arme (pour se défendre) n'est absolument pas la tronçonneuse, même si sur console c'est irrésistible, en raison de son poids et de son besoin en carburant pour rester efficace. La meilleure arme reste celle que l'on maîtrise parfaitement, même si le bâton Shaolin offre le meilleur compromis entre poids, maniabilité et portée dangereuse.
-Le moyen de transport à préconiser en cas de perte des infrastructures restera le vélo, indépendant sur le plan de la propulsion et très silencieux. En outre, à cause de ses partis pris, National Geographic passe à côté d'une des fonctions emblématiques du zombie de cinéma, qui en fait notre ami : la critique des sociétés consuméristes ou intolérantes, que ce soit dans le centre commercial de « Dawn of the dead » ou dans la société post-années 50 du gentil « Fido »...



1 commentaire:

  1. "un virus zombie pourrait apparaître dans un laboratoire, grâce à la manipulation génétique de plusieurs souches virales."
    Un petit coktail Ebola+Rage+,H5N1 avec un zeste de VIH et une rondelle de chikungunya?????

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